Mort Subite du Nourrisson en Communauté française : Quoi de neuf ?
par Françoise Ravet (1)
Lévaluation régulière des taux de mortalité devrait permettre de mieux cerner limpact des campagnes dinformations. Malheureusement, la Communauté française de Belgique manque encore cruellement de moyens humains et financiers pour pratiquer un encodage rapide et informatisé des données extraites des certificats de décès. Un retard de plusieurs années est à déplorer dans la publication des statistiques de décès. En attendant mieux, lauteur poursuit une collecte dinformations, entreprise depuis plusieurs années déjà, auprès des médecins qui reçoivent dans leurs hôpitaux les nourrissons décédés.
Introduction
Le but de cet article est de faire le point sur lévolution de la mortalité post-néonatale en Communauté française de Belgique, puisquil semble bien démontré actuellement que de simples mesures de prévention, pouvant être prises facilement, ont entraîné une réduction nette et rapide du nombre de décès inopinés chez le nourrisson.
Comme dit précédemment (voir BEP volume 18 - n°1 mars 1999), la Communauté française manque toujours de moyens humains et financiers pour pratiquer un encodage rapide, voire informatisé, des données extraites des certificats de décès, ce qui entraîne un retard de plusieurs années dans la publication des statistiques de décès. Le Ministère de la Santé Publique ayant imposé lencodage du Résumé Clinique Minimum aux hôpitaux depuis les années 90, certaines données peuvent actuellement en être extraites, mais uniquement en ce qui concerne les décès en milieu hospitalier.
Méthodologie
Parallèlement à ma collecte artisanale dinformations toujours réalisée auprès des médecins qui reçoivent dans leurs hôpitaux les nourrissons décédés, jai bénéficié de laide du Docteur Dugauquier, anatomopathologiste à Loverval, membre de lObservatoire de la Mortalité Infantile. Nous avons, en confrontant nos informations, apporté notamment une plus grande précision quant au nombre denfants décédés et autopsiés. Les Hôpitaux des 5 provinces : Namur, Hainaut, Liège, Bruxelles et Luxembourg restaient nos cibles de choix.
Résultats
Nombre de décès
Nous avons ainsi répertorié 331 cas de nourrissons, amenés décédés dans ces hôpitaux. Vingt-quatre dentre eux ayant, au moment du décès, soit moins de 28 jours de vie (10 bébés) soit plus de 365 jours de vie (14 bébés), ils ont volontairement été écartés de cette étude. Dautre part, les données précises concernant 3 enfants décédés en 2000 ne nous sont pas parvenues à temps, et nous navons pu les comptabiliser dans le premier graphique. Restaient donc 304 nourrissons (cfr figure 1, ci-dessous).
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| Figure 1 : Evolution du nombre de nourrissons, entre 1990 et 2000, amenés décédés dans les hôpitaux de Bruxelles et de Wallonie et considérés comme MSN en dehors de toute investigation. |
Les chiffres de décès de 1990, 1991, et, dans une moindre mesure 1992, sont entachés derreurs liées aux difficultés pour la plupart des hôpitaux de retrouver les dossiers des nourrissons décédés alors quaucun système dencodage obligatoire des pathologies par patient (de type Résumé Clinique Minimum) nétait en vigueur à lépoque.
Par rapport au nombre de nourrissons amenés décédés dans les hôpitaux en 1993, les chiffres de 1996 (revus en fonction des informations supplémentaires collectées) accusent une réduction de 57 %, mais attestent dune véritable et dramatique stagnation par la suite ! Il est possible évidemment que mes chiffres de 93 soient sous-estimés, et que la réduction du nombre de MSN soit supérieure aux 57 % avancés, mais plus on se rapproche de 2000, plus le risque derreur diminue la stagnation reste donc hautement probable.
Age au moment du décès
Le pic de survenue des décès par MSN en période post-néonatale se situe entre 2 et 5 à 6 mois, ce qui correspond aux données classiques de la littérature (cfr figure 2, ci-contre). Avant lâge dun mois, et après lâge de 7 mois, le risque diminue très fortement pour saligner sur celui des décès par accident. Avant un mois, on parle de mortalité néonatale; après 12 mois, de mortalité infantile.
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| Figure 2 : Le pic de survenue des décès inopinés est
toujours situé entre de 2 et 5 à 6 mois dâge - Avant 1 mois et après 7 mois, le
risque reste très faible. Parmi les nourrissons répertoriés, 10 (dont 9 garçons) étaient décédés avant le 28ème jour de vie, et 14 (dont 8 garçons) après le 365ème jour de vie. |
Sex ratio (M/F)
Le sex ratio dans notre étude des décès par MSN (cfr. figure 3) est comparable à celui calculé daprès les données de mortalité infantile en période post néonatale émanant du Ministère de la Santé Publique, à lexception de lannée 1996 où nous avons reçu 18 garçons et seulement 4 filles.
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| Figure 3 : Le sex ratio est toujours situé entre 1.3 et 2 en défaveur du sexe masculin. Les chiffres du Ministère de la Santé Publique se rapportent à lensemble des décès de la période post-néonatale jusquen 1997, ceux de notre étude ne concernent que les décès inopinés amenés dans les hôpitaux. |
Taux de mortalité infantile
post-néonatale
(Infant Mortality Rate = I.R.M.)
Il me sera impossible malheureusement de comparer valablement ces résultats artisanaux aux chiffres officiels de mortalité infantile post néonatale, de toutes origines y compris la mort subite du nourrisson (MSN), émanant du Ministère de la Santé Publique, tant pour Bruxelles et la Wallonie que pour la Flandre. En effet, les données (pour lannée 1998 uniquement) qui me sont parvenues officieusement mi-février 2001, grâce au concours du Ministère de la Santé Publique ne semblent pas avoir été traitées de la même façon que les années précédentes et ne sont donc pas utilisables telles quelles.
Lautopsie : et si on y pensait «avant» ?
Suite à lintervention de lObservatoire de la Mortalité Infantile et dun collège dexperts réunis en colloque en mars 99, le sénateur Alain Destexhe, que je tiens à remercier une nouvelle fois, vient dintroduire un projet de loi visant à favoriser lautopsie des nourrissons qui décèdent inopinément. Il nous semble effectivement indispensable de légiférer sans tarder pour dépénaliser le transport des corps de ces petits nourrissons décédés vers des centres hospitaliers afin dy pratiquer différents examens dont lautopsie, dintérêt majeur dans la plupart des cas. Un des arguments principaux pour conseiller lautopsie, ce sont les parents eux-mêmes qui nous le donnent : en effet, la majorité de ceux qui ont refusé cette autopsie viennent nous dire quils le regrettent, car «Ils auraient voulu savoir...».
Lautorisation dautopsie devra cependant toujours être obtenue des parents. Il eut peut-être été souhaitable denvisager ladoption du système norvégien qui prévoit lautopsie obligatoire de tout nourrisson décédé de façon inexpliquée à domicile, non pas pour éviter au médecin den faire la demande aux parents, mais bien parce ceux-ci semblent moins «culpabilisés» daccepter lautopsie lorsquil sagit dune procédure légalisée, dont ils ne doivent pas prendre la responsabilité. Une campagne de sensibilisation de la population à la nécessité et à lintérêt de lautopsie en pareil cas devrait certainement être envisagée dans le style de celle qui a été faite pour les dons dorganes «et si on y avait pensé avant ». Cest un peu comme cela que je présente les choses lorsque certains parents denfants bien portants men parlent, et cela les fait en général réfléchir très positivement.
Les chiffres parlent deux-mêmes (cfr. figure 4, ci-dessous).
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| Figure
4 : Pourcentage d autopsies par province. Le «score» de Namur sexpliquant en grande partie par le recrutement du Centre de pathologie de Loverval. |
Conclusions
Lapplication de plus en plus répandue des mesures de prévention a permis déviter jusquà 50 ou 60% de MSN, mais nous observons malheureusement une stagnation inquiétante du nombre de décès inopinés ces dernières années (ces données seront à comparer aux données officielles lorsque celles-ci seront complètes).
Le facteur de risque le plus difficile à combattre reste bien, au vu de différentes études, le tabac, drogue «licite» si bien ancrée dans notre société !!!
(1) pédiatre, dirige lunité détude
du sommeil du nourrisson et de lenfant, Centre de Référence pour le diagnostic et
le traitement de la mort subite du nourrisson.
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